Une ville d’industrie serrée dans sa vallée
Tarare compte près de 11 000 habitants et forme le pôle de la communauté d’agglomération de l’Ouest Rhodanien. La ville occupe le fond de la vallée de la Turdine, entre des versants qui montent vite de part et d’autre. Elle doit son visage à la mousseline et au textile : de vastes bâtiments d’atelier, des immeubles de logements ouvriers alignés le long des rues, des maisons de contremaîtres sur les pentes, le tout construit dans un temps très resserré au dix-neuvième siècle. Au-dessus, les hameaux des monts, vers Villechenève, relèvent d’un tout autre monde. Cette densité et cette origine industrielle façonnent la manière dont l’eau circule, et dont elle se perd.
Un réseau conçu pour une usine, utilisé par des logements
Quand un ancien atelier est transformé en habitations, la structure du bâtiment est reprise mais rarement l’ensemble de ses réseaux. On conserve ce qui fonctionne : une arrivée générale de fort diamètre, prévue pour alimenter des machines et des postes de lavage, des colonnes qui desservaient des niveaux entiers d’un seul tenant, des traversées de plancher établies pour d’autres besoins. Cette surcapacité pose un problème très concret de détection. Dans une canalisation trop large pour l’usage réel, la vitesse de circulation est faible, la pression varie peu et une perte modérée passe totalement inaperçue au robinet. Le percement ne se signale ni par une baisse de débit, ni par un bruit franc, et il peut durer des mois avant que quelqu’un s’interroge sur le relevé du compteur général.
Les branches mortes et les points bas
Chaque reconversion laisse derrière elle des tronçons devenus inutiles : une descente vers un atelier supprimé, une alimentation de chaudière déposée, un piquage vers une cour aujourd’hui bâtie. Ces branches restent en eau, parfois isolées par une vanne qui ne ferme plus tout à fait, et se corrodent d’autant plus vite que l’eau y stagne. Le fond de vallée ajoute sa contrainte propre : les sous-sols et les caves des immeubles de Tarare sont les points bas du secteur, si bien que toute eau perdue en partie haute d’un bâtiment, ou même dans la construction voisine, finit par s’y rassembler. Le lieu où l’on constate le désordre est donc, ici plus qu’ailleurs, un très mauvais indicateur du lieu où il se produit.
Chercher dans un bâtiment dont on n’a pas les plans
L’absence de plan fiable est la règle sur ce patrimoine, et la méthode s’y adapte. On commence par relever ce qui est visible en sous-sol et en gaine, puis on isole les départs un à un en observant le compteur général, ce qui permet d’écarter les branches mortes et de désigner celle qui perd. Le repérage fin vient ensuite. L’écoute électro-acoustique donne de bons résultats sur les colonnes métalliques d’origine, qui conduisent remarquablement le son sur toute leur longueur. La caméra thermique est mise à contribution dès qu’un circuit chaud est en cause, très fréquent dans ces immeubles où le chauffage est collectif : elle révèle le tracé sous enduit et la zone d’écoulement. Sur les réseaux enterrés entre bâtiments, le gaz traceur évite de creuser au jugé.
La tournée de l’ouest du département
Le service intervient par tournées, sans ville de base, et l’ouest rhodanien est couvert lors d’un même déplacement regroupant les demandes de la vallée et des monts, notamment celles de Montrottier. Une intervention à Tarare se place sur ce passage, à vingt-quatre ou quarante-huit heures de l’appel selon le nombre de rendez-vous déjà retenus. Le chiffrage transmis en amont ne donne lieu à aucun frais, que la demande vienne d’un occupant, d’un propriétaire bailleur ou d’un syndic. Le rapport remis ensuite documente le point trouvé, les relevés et les vues nécessaires à une déclaration sous convention IRSI.